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Publié : 1er septembre 2011

Participer à un échange collectif

Entrer dans un échange collectif suppose d’avoir quelque chose à dire en relation avec le sujet de l’échange, de demander la parole et, quand la parole est donnée, de s’exprimer voire de raccorder son propos avec les propos antérieurs qui avaient suscité une réaction.
Tout adulte peut rencontrer des difficultés dans cette situation ; l’apprentissage dès l’école maternelle n’est qu’une première étape d’un long parcours. Il suppose une grande rigueur de gestion de ces moments d’échange par l’enseignant :

- Donner des règles claires et, au début, peu nombreuses ;

- Choisir un sujet d’échange clair pour les élèves et amorcer par des questions précises ;

- Exercer une régulation très active : faire respecter l’écoute, distribuer la parole avec équité, écarter les prises de parole « hors sujet » qui ne disqualifient pas pour autant leurs auteurs (si un élève peu « bavard » prend à ce moment la parole, même « hors sujet » il faudra alors considérer cet acte comme un signe très prometteur), valoriser les apports et reformuler si nécessaire, expliciter pour donner plus de portées quand le propos est confus (« Romain veut dire que… je pense », « Est-ce que c’est ça, Romain ? »), faire des récapitulations pour relancer l’échange (« Alors, tout le monde est d’accord sur cette solution ? Moi je croyais que… » ; « Alors, certains pensent que…, d’autres disent que… et quelques-uns… ; Comment pourrait-on faire pour trouver la bonne réponse ? »).

Pour motiver tous ses élèves pour des échanges collectifs, l’enseignant s’attache à :

- Varier les thèmes et les sujets d’échange : on discute autour d’une histoire entendue, après une sortie, pour préparer une séance à la piscine, pour résoudre un conflit ; on discute sur ce que l’on a fait ou ce que l’on va faire, sur ce que l’on a trouvé, sur ce que l’on a ressenti, etc.

- Faire jouer des rôles variés : tel enfant peu participant peut s’avérer un bon observateur et se trouvera valorisé de rendre compte ensuite ; tel autre sera le porte-parole d’un petit groupe qui aura cherché avec lui et avec qui le message à transmettre aura été construit ;

- Organiser les conditions de l’échange : par exemple, il veille à ce que les participants à un même atelier soient installés côte à côte quand il s’agit de faire un bilan d’activité (de courtes pauses dans l’échange collectif pour que ces groupes se concertent peuvent être ménagées en section de grands) ; il met face à face la rangée de ceux qui ont aimé telle histoire et la rangée de ceux qui n’aiment pas ou pas beaucoup.
L’enseignant veille toujours à ce que les élèves ne parlent pas pour parler ; il ménage des pauses pour que chacun réfléchisse.

Pour rendre l’élève plus performant dans l’échange langagier, l’enseignant introduit, de manière progressive, de nouvelles exigences dans le prolongement des situations évoquées précédemment. Il sera plus rigoureux ou plus strict sur :

- Le choix des thèmes d’échanges qui seront plus éloignés de l’univers de référence et plus « scolaires » ;

- L’obligation de rester dans le sujet de l’échange ; dans une classe de grands, on peut nommer un ou deux observateurs (parmi les « très bavards » qui seront ainsi soumis à un travail de silence) qui interviendront dès qu’il y a débordement ;

- Le contenu des prises de parole. Il veille à faire respecter quelques règles : on ne répète pas ce qu’un autre a dit (la répétition, qui signifie souvent que l’idée est intéressante pour l’enfant, est une manière de participer qui doit être dépassée progressivement) ; on place son propos par rapport aux autres en enrichissant, en réagissant (« Je suis d’accord avec... parce que… » ; « Moi je pense que non parce que… ») ;

- L’audibilité, qui suppose une maîtrise du débit et de l’articulation, donc de son impatience à dire ou de sa timidité.

L’enseignant sera attentif à créer des conditions favorables pour des discussions en s’appuyant sur les travaux antérieurs de groupes qui n’auront pas fait la même chose et qui auront un réel motif d’échange :

- par exemple, après une séance d’activités scientifiques, on met en discussion un sujet que certains ont abordé par la manipulation et l’observation et d’autres par la documentation ; après une séance de jeux, on fait dialoguer les joueurs avec les observateurs pour stabiliser des règles qui permettront de mieux jouer ; après la lecture d’une histoire, on débat des motifs qui ont pu conduire l’auteur à lui donner tel titre, des raisons de la méchanceté d’un personnage, etc.

- Il implique les élèves dans une réflexion sur leur « travail de discussion » : les enfants peuvent périodiquement constater les phénomènes relatifs à la communication (percevoir s’il y a une écoute réelle, si des moqueries ou des répétitions sont apparues, si des enfants coupent la parole, etc.) en les mettant à distance grâce à des enregistrements sonores, à des séances filmées.

Le langage à l’école maternelle. Ressources pour faire la classe © MENJVA-DGESCO / CNDP Mai 2011