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Publié : 4 février 2012

Printemps des poètes : extrait d’une confèrence sur la poésie à l’école maternelle

http://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=scolaire&page=54
Mais je n’ai pas encore parlé de la maternelle. Je voudrais dire un mot sur ce sujet...

En maternelle, à la fois il se fait beaucoup de choses dans le domaine de tout ce qui est expression culturelle et artistique, et en même temps du point de vue de la poésie, il y a souvent un grand malentendu. C’est qu’on croit avoir assumé son rôle du point de vue de la poésie, à travers la comptine.

Il faut que ce soit très clair ici, pour ne pas avoir l’air encore indûment
provocant ! La comptine a sa place à l’école maternelle. Moi qui suis formateur en I.U.F.M., prof. de lettres, je ne vais pas vous dire le contraire. La comptine a beaucoup d’objectifs, d’ailleurs assez variés : apprentissage du rythme, des sonorités, de la lecture, de l’articulation, le souffle ; enfin il y a beaucoup de choses qui sont liées au geste psychomoteur ; et en même temps, une familiarisation avec un imaginaire, un univers fantaisiste, ludique et une approche d’un usage insensé, au sens propre de la langue, à côté du langage fonctionnel, structuré déjà...

Mais ceci dit, la comptine n’est qu’un cas très particulier de la poésie. C’est comme si vous pensiez assumer la poésie à travers la fable seulement, ou si vous ne lisiez que des Haïkus ou que du sonnet...

En maternelle et dès la petite section, il faut à côté de la comptine qu’il y ait de la poésie au sens plein du terme, qu’on lise des poèmes aux enfants.
Que peut-on dire encore ? Qu’à cet âge-là, jusqu’en moyenne section, ce
qu’on doit privilégier, c’est l’éducation à l’écoute. En précisant que l’écoute d’un
poème ne ressemble à aucune autre écoute, qu’elle a une particularité très forte
.

On a une telle densité de langue et de représentations à travers la langue, que ça suppose une écoute particulièrement mobilisée, je dirais difficile ; ça suppose une attention, au sens le plus beau du mot attention, c’est-à-dire « tendu vers », une grande disponibilité de celui qui écoute. On ne peut pas écouter par fragments, il faut être vraiment dedans. Et donc, il faut proportionner ça aux capacités des enfants, dans l’étendue du poème, pas dans sa complexité. Je préfère qu’on lise des poèmes un peu complexes, même pour des enfants de petite section, mais que ce soient quatre ou cinq vers. En ritualisant, en disant : « voilà je vais lire de la poésie ».
Et qu’ils identifient ce qu’ils vont entendre. Ils perçoivent la matière textuelle particulière qu’est le poème ; ils savent bien que ce n’est pas la même chose que le conte ou le récit d’album ou la comptine.

Si vous leur lisez : « J’ai rêvé tellement fort de toi, j’ai tellement parlé, tellement marché... » etc. Ils entendent bien que c’est ailleurs que ça se passe ; c’est encore autre chose et c’est cette révélation-là qu’il faut assumer en petite, moyenne sections . A côté du récit, du conte, de la parole de tous les jours, de la parole scientifique... il y a cet autre état de la parole qui existe et qui est la poésie.

Et on ne la décrit pas mais on se fonde sur la sensibilité, la « porosité » de l’enfant à ça. Et si on lit régulièrement de la poésie sous le nom de poésie et de poèmes, les enfants vont très vite intégrer ce que c’est que la poésie... Voilà, ça c’est un vrai apprentissage : on demande aux enfants d’écouter « particulièrement » ; moi j’explique ça aux petits : « pour écouter de la poésie, il faut beaucoup de silence, il faut être tout ouvert, laissez-vous faire » ; j’explique avec les mots qu’ils peuvent entendre à cet âge-là. Il faut une sorte d’immobilité, de suspens de tout, on crée ça, cette sorte d’événement de la parole ; donc il faut que ce soit bref parce que brièvement, ils en sont capables : quinze à vingt secondes pour la lecture de cinq à sept vers. Cela ne paraît pas grand-chose mais c’est capital, c’est autant de temps
de gagné pour la suite
.

En moyenne section, on peut aller un peu plus loin ; on peut déjà avoir une approche de la poésie plus variée ; on peut faire verbaliser la poésie par les enfants ; comment ? Pas forcément mémoriser mais répéter avec vous ; ils disent avec leur bouche les mots du poème. Qu’ils arrivent à dire seulement un vers du poème... « A la place du ciel, je mettrai ton visage... » Vous dites aux enfants simplement de répéter ça, c’est tout. Pas plus ; d’abord, c’est déjà élaboré pour eux, du point de vue lexical, syntaxique. Mais ils auront déjà dans le corps, dans la bouche, cette « chose » particulière, cette rythmique, cette densité particulière de la langue.

Je pourrais en dire beaucoup plus sur la maternelle, mais là il faudrait faire
une conférence A.G.I.E.M, spécifique sur l’apprentissage, le recours à la poésie en maternelle.

Lire la conférence "Poésie et pédagogie" de Jean-Pierre Siméon directeur artistique du Printemps des poètes

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